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TidBITS#620/11-Mar-02

Perplexes devant la gestion des polices de caractères dans MacOS X ! Nous aussi, mais tout de même, merci à Matt Neuburg pour son compte-rendu sur Font Reserve 3.0 de DiamondSoft porté sur MacOS X, car nous saurons maintenant faire disparaître, outre notre confusion, tous les doublons de polices de caractères. Ensuite, Matt Slot de Ambrosia Software nous livre son regard sur la gestion du piratage occasionnel par Ambrosia. Des sorties importantes, cette semaine, avec Virtual PC 5.0.2, EIMS Server 3.1.1, et Lasso Professional 5.

Sommaire :

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MailBITS/11-Mar-02

Virtual PC 5.0.2 améliore les performances. -- Connectix a sorti Virtual PC 5.0.2, une mise à jour gratuite pour MacOS 9 et MacOS X de son logiciel d'émulation PC (lire "Virtual PC 5.0 est compatible MacOS X, et ajoute des fonctionnalités " dans le TidBITS-610). L'évolution essentielle est l'amélioration des performances, en réponse aux nombreuses plaintes sur le manque de performance de la version MacOS X. D'autres aspects ont retenu notre attention : l'utilisation conjointe du réseau virtuel privé PPTP avec la connexion partagée, de meilleurs diagnostics, l'impression avec les imprimantes Canon, une meilleure émulation des ports série, l'amélioration de la scriptabilité, et la correction des plantages lors du branchement ou débranchement de périphériques USB. Surtout lisez bien les informations de mise à jour et le document "Informations vitales sur VPC". La mise à jour est un téléchargement de 10,5 Mo.[ACE]

http://www.connectix.com/products/vpc5m.html
http://db.tidbits.com/getbits.acgi?tbart=06668
http://www.connectix.com/downloadcenter/updates/updaters_domestic/vpcm502_readme.txt
http://www.connectix.com/downloadcenter/updates/updaters_domestic/vpcm502_vital_information.txt
http://www.connectix.com/support/vpcm_online.html

EIMS Server 3.1.1 est disponible. -- Glenn Anderson a sorti EIMS 3.1.1, une mise à jour gratuite de son serveur de messagerie pour MacOS. (Lire l'article (non traduit) "Two Mac Mail Servers Go Home Again" dans le TidBITS-613.) La version 3.1.1 corrige une poignée de bogues et incorpore une solution de contournement pour les problèmes rencontrés avec certains relais SMTP (dont les plus importants sont ceux de Yahoo) lors de l'envoi de commandes en masse. La version 3.1.1 corrige également les problèmes d'authentification via LDAP, les problèmes liés à l'authentification NTLM avec le client de messagerie Microsoft Outlook (NTLM est une authentification sous Windows NT. les utilisateurs entrent leur noms d'utilisateur et leur mot de passe de domaine lorsqu'ils ouvrent un site Web. Ndc), et accélère le traitement des nouveaux messages. La mise à jour est un correctif de 76 Ko qu'il faut appliquer à l'application EIMS 3.1.[GD]

http://www.eudora.co.nz/updates.html
http://db.tidbits.com/getbits.acgi?tbart=06693

Blue World sort Lasso Professional 5. -- Blue Word Communications vient de sortir Lasso Professional 5, la dernière version de leur programme de publication et de développement sur Internet (lisez l'article "WebObjects, un géant soudain fréquentable, Chap.  1" dans TidBITS-584 pour un aperçu des fonctionnalités du programme). En gros, Lasso sert d'intermédiaire entre une base de données et un serveur Web et permet ainsi de publier sur le Web les informations contenues dans cette base. Chez TidBITS, on a longtemps utilisé Lasso pour publier sur le web notre base de données d'articles et le forum TidBITS Talk, tous les deux sous FileMaker.

http://www.blueworld.com/Lasso5/LassoPro/
http://db.tidbits.com/getbits.acgi?tbart=06465
http://www.tidbits.com/search/talk.html

Lasso Professional 5 propose quelques nouveautés importantes, et notamment une version intégrée de la base de donnée open source MySQL (ainsi qu'un utilitaire de construction de base de données pour créer et gérer vos propres bases de données). On trouve aussi pas mal d'améliorations du langage de script de Lasso, une documentation complètement réécrite, une sécurité améliorée et des outils d'administration (avec un suivi en temps réel). Lasso Professional 5 peut se connecter par défaut à des bases de données distantes de type MySQL et FileMaker Pro, mais des développeurs peuvent toujours écrire des connecteurs à d'autres bases de données ; il en existe déjà pour 4D, FrontBase, PrimeBase et les bases de données ODBC. Les possibilités du programme s'adressent à des professionels... et le prix aussi. L'Edition Standard côute 1 200 US$ et permet un nombre illimité de connexions (la mise à jour depuis la version complète de Lasso 3.5 est à 600 US$) ; la version mono-utilisateur pour développeur est disponible à 350 US$, tandis que la version de démonstration, valable 30 jours est gratuite. La version "Deluxe", plus chère, ajoute un an de mises à jour gratuites et une assitance technique prioritaire. Toutes les versions de Lasso sont livrées avec une documentation électronique. Les manuels devraient être disponibles d'ici la fin du mois de mars, mais il vous en coûtera 100 US$ de plus. Lasso Professional 5 est compatible avec Apache et WebSTAR Server Suite V sous MacOS X et IIS sous Windows 2000. Les utilisateurs de MacOS 9 ou antérieur devront se contenter de Lasso 3.5. [GD]

http://www.mysql.org/
http://www.filemaker.com/
http://www.4d.com/
http://www.frontbase.com/
http://www.primebase.com/en/
http://www.blueworld.com/Lasso5/LassoPro/evalRequest.lasso

Argh ! j'ai oublié le lien de easyDNS ! -- Bon, ne nous sentons pas trop bête. Alors que notre article sur easyDNS ("Simplifier l'accès aux noms de domaines avec easyDNS" dans TidBITS-619) est passé au travers de l'écriture, de l'édition technique, de sa révision, et de trois copies d'édition sans que personne ne s'aperçoive qu'il manquait le lien au site web de easyDNS. L'URL est facile à deviner - http://www.easydns.com/ - mais bon, ça n'excuse rien. D'ailleurs, les casseroles d'eau ont commencé à bouillir pour plonger les nouilles pour toute l'équipe. Et encore toutes nos excuses. [ACE]

http://db.tidbits.com/getbits.acgi?tbart=06741
http://www.easydns.com/


Font Reserve porté sur MacOS X

par Matt Neuburg matt@tidbits.com

Font Reserve, de DiamondSoft, est un utilitaire de gestion de polices de caractères que j'utilise depuis des années et j'en suis vraiment accro. Pour simplifier, il stocke vos polices, ainsi que les alias pointant vers elles, et permet de les consulter, de les activer et de les désactiver selon les besoins. Peu importe que votre disque dur soit encombré de polices de caractères, Font Reserve les répertorie pour vous et permet de ne pas surcharger le menu Polices.

http://db.tidbits.com/getbits.acgi?tbart=04180

En version 3.0, Font Reserve est compatible avec MacOS X et si ce portage n'est pas à la hauteur des versions précédentes - comme beaucoup d'autres portages sous MacOS X, soit dit en passant - Font Reserve 3.0 pour MacOS X fait de moi un utilisateur toujours aussi enthousiaste.

http://www.fontreserve.com/products/frmac.html

Possibilités et impossibilités. -- Comme auparavant, Font Reserve est composé de quatre éléments principaux : le Coffre (Vault), le dossier où Font Reserve garde les polices de caractères et les alias ; le Navigateur (Font Reserve Browser), l'application à partir de laquelle vous ajoutez ou enlevez vos polices de caractères du Coffre, les visualisez et les activez au besoin ; la Base de Données (Font Reserve Database), l'application invisible qui fait tout le vrai boulot en arrière-plan ; et aussi les Réglages (FontReserve Settings), l'application (avant, c'était un Tableau de Bord) qui gère vos préférences pour la Base de Données. L'extension (Font Reserve Extension) n'existe plus : la fonctionnalité que cette extension ajoutait dans la version 2, où le fait d'ouvrir un document activait automatiquement les polices correspondantes, ne marche plus sous OS X.

Une caractéristique de MacOS X, atout ou handicap selon votre point de vue, est que les polices de caractères peuvent résider dans 4 dossiers : le dossier "Fonts" du Système ; le dossier "Fonts" du premier niveau "Library" ; le dossier "Fonts" du dossier "Library" de l'utilisateur et le dossier "Polices" du Dossier Système de votre Système Classic. Font Reserve veut vous aider à mieux gérer cet état de fait. Quand vous lancez le Navigateur Font Reserve pour la première fois, vous choisissez Gestion des Polices du Système (System Font Handler) dans le Menu Fichier, ce qui produit un dialogue listant toutes les polices de caractères disponibles dans les quatres endroits cités ci-dessus. Il vous propose ensuite d'enlever celles qui ne sont pas indispensables au Système en lui-même et de les laisser gérer par Font Reserve. Ceci, en passant, n'entre pas en contradiction avec l'orientation multi-utilisateurs de MacOS X : par défaut, le Coffre est placé dans le Dossier Partagé (Shared Folder) où tous les utilisateurs peuvent y accéder, mais vous êtes libres d'attribuer différents Coffres à différents utilisateurs si vous préférez.

Reste une grosse déception. Font Reserve ne gère pas encore les polices de caractères.dfonts ni d'ailleurs les.otf - ce qui fait que les 40 polices installées par MacOS X restent entièrement hors de sa gestion. En dépit de cette limitation, la fonction de gestion des polices du système de Font Reserve propose quand même de retirer la plupart d'entre-elles de leur dossier. C'est inepte, je trouve. Vu que l'on ne peut pas gérer ces polices avec Font Reserve, les retirer de leur dossier les rendrait tout bonnement inaccessibles. Encore pire, le dialogue du Gestionnaire de Polices risque d'induire en erreur ; si vous ne faites pas attention, vous pourriez facilement retirer la plupart d'entre elles accidentellement. De plus, même si Font Reserve ne peut activer ou désactiver ces polices, je ne comprend pas pourquoi il ne peut pas les lister (par exemple, dans le jeu de polices "System Fonts" qu'on ne peut pas modifier) ; cela veut dire qu'on ne peut pas utiliser Font Reserve pour trouver où ces polices sont placées, ou bien pour chercher d'éventuels doublons entre une police Helvetica.dfont et une Helvetica TrueType.ttf fonte ; D'ailleurs, le fait que MacOSX accepte ces dernières est un gros atout et j'en utilise pas mal.

D'un autre côté, une super nouveauté de Font Reserve 3.0 est son activateur du Système Classic (Classic Activator). Pour comprendre ce que cela implique, il vous faut comprendre la situation actuelle par défaut : MacOS X peut voir les polices de caractères sous Classic mais Classic ne peut pas voir celles de MacOS X. Classic Activator, une application invisible sous Classic que Font Reserve démarre automatiquement dès que Classic est lancé, permet quasiment de renverser cette situation : toute police ouverte par Font Reserve dans MacOS X sera du coup disponible sous Classic. Classic Activator élimine ainsi la prise de tête que représente la duplication et les ennuis potentiels lorsque une application Classic devrait accéder aux polices de caractère dont elle a besoin. Vous serez content de voir le Gestionnaire "System Fonts" enlever la plupart des polices du dossier Polices de Classic et les laisser être gérées par Font Reserve à la place.

Une autre conséquence est que vous n'avez pas besoin de posséder la version Classique de Font Reserve 3.0 lorsque vous démarrez sous MacOS X, quoique ce soit encore nécessaire pour ceux qui démarrent généralement sous MacOS 9. Malheureusement, Font Reserve Classic ne sait pas intuitivement quel système d'exploitation a été utilisé pour faire démarrer le Mac ; si vous voulez l'utiliser en démarrant depuis MacOS 9 vous devrez donc l'activer à la main et vous rappeler de le désactiver avant de redémarrer sous MacOS X (ou bien utiliser Conflict Catcher 9 de chez Casady & Greene, un utilitaire qui peut désactiver certaines extensions lorsque vous démarrez en mode Classic plutôt que sous MacOS 9).

http://conflictcatcher.com/

Du travail sur le manuel. -- La documentation de Font Reserve 3.0 a besoin d'être remaniée. Ils n'ont pas du tout refait le manuel principal pour MacOS X. Ils ont juste repris la section Démarrage Rapide, mais avec des erreurs : par exemple, l'article de menu Gestionnaire des polices de système s'apelle "Vérifier les dossiers des polices de système", et on nous indique à tort de faire démarrer le Navigateur Font Reserve tout de suite après l'installation (alors qu'il faut d'abord faire démarrer Réglages Font Reserve). L'application elle-même a des erreurs similaires. Par exemple, le programme d'installation vous fait croire qu'il va installer un tableau de bord et une extension, alors que ça n'existe plus sous MacOS X, et une boîte de dialogue dans le Navigateur Font Reserve appelle les Réglages Font Reserve "un tableau de bord" aussi.

L'interface a plutôt un goût d'inachevé. Ma première utilisation de Font Reserve m'amena un message d'erreur incompréhensible, "ResError() == noErr". Le fichier d'événements (log file) est lui aussi plein de mystérieux messages d'erreurs à propos de "polices référencées au niveau supérieur". Les bizarreries visuelles ne sont pas rares. Dans l'ensemble, on a l'impression que cette version aurait pu être un peu mieux peaufinée - il y a de grandes chances qu'une prochaine version corrigeant ces nombreux bogues arrive rapidement.

En conclusion, c'est quand même pas si mal. -- En dépit de ces nombreux défauts essentiellement cosmétiques, Font Reserve 3.0 n'aurait pas pu arriver trop tôt pour moi. Même sans être capable de gérer toutes mes polices MacOS X, il organise les polices TrueType et PostScript exactement comme auparavant ; ceci, avec en plus l'activateur des polices du système Classic, vaut probablement le billet d'entrée. Si vous souffrez de ne pouvoir contrôler le bazar des polices sous MacOS X, Font Reserve mérite un coup d'oeil ; si vous êtes un utilisateur de la version 2 et que vous êtes passé à MacOS X, vous devriez également passer à Font Reserve 3.0.

Font Reserve 3.0. pour MacOS X nécessite un Power Mac G3 ou mieux avec 256 Mo de RAM. Il coûte 90 US$ ; la mise à jour est gratuite pour les utilisateurs de la version 2.6, et vaut 30 US$ autrement. Il existe une version d'évaluation gratuite - Font Reserve 3.0. Lite - ne gérant que cent polices et une seule base de données ; elle ne peut pas imprimer d'échantillon, mais n'est pas limitée dans le temps et suffira donc probablement à beaucoup d'utilisateurs - une politique généreuse qui amènera sans doute de nombreux nouveaux adeptes.

http://www.fontreserve.com/products/trial_mac.html


Toute la vérité sur le piratage informatique occasionnel

par Matt Slot fprefect@ambrosiasw.com

Il est rare qu'un programmeur de partagiciels obtienne des statistiques précises sur l'étendue du piratage informatique, mais moi, j'ai eu cette chance, très récemment.

Voyez-vous, l'entreprise pour laquelle je travaille - Ambrosia Software - écrit et publie des partagiciels - logiciels qui peuvent être copiés et partagés avec des amis. Cela marche de la manière suivante : nous écrivons un jeu ou un utilitaire et le rendons disponible en téléchargement ou sur un CD à bas prix, de sorte que vous pouvez l'installer et l'essayer pendant un certain laps de temps - comme on dit chez nous : "kick the tires and drive it around the block a few times" (allez y à fond et faites le tour du quartier avec). Si cela vous plaît, vous pouvez l'acheter ; sinon, mettez-le à la corbeille ou passez le CD à quelqu'un d'autre.

http://www.ambrosiasw.com/

Nous gagnons de l'argent et restons concurrentiels, en vendant des logiciels rivalisant avec les produits commerciaux par leur qualité et la valeur de leur divertissement, tout en restant à des tarifs ne rétrécissant pas le budget pizza-bière de l'étudiant moyen. Il n'y a pas d'attrappe-nigaud là-dedans : on vous donne un moyen honnête d'essayer le produit et de décider si vos 25 US$ seraient mieux dépensés ailleurs. Nous pensons que nos logiciels sont compétitifs - 25 US$, c'est un hamburger et un ticket de cinéma pour environ trois heures de divertissement - et nous, nous vous évitons simplement de trop regarder Jar Jar Binks (le dragon héros du dernier volet de La Guerre des Etoiles, "La Menace Fantôme". Ndc).

Il y a quelques années, les logiciels d'Ambrosia étaient distribués selon le système de l'honneur. Vous pouviez télécharger le logiciel et l'utiliser gratuitement pour une durée indéterminée. De temps en temps, des rappels amicaux vous indiquaient que vous aviez le logiciel depuis 1 500 jours et n'aviez toujours pas battu le niveau 6. Ceci revenait évidemment à avoir une grande confiance en nous, et cela a été érigé presque en culte parmi les utilisateurs de Mac. Comme modèle commercial, le système d'honneur n'était pas idéal, mais il était certainement idéaliste, et il a permis au fondateur d'Ambrosia, Andrew Welch, de terminer la fac et à fournir aux employés d'Ambrosia des pizzas et de la bière. (Je crois qu'il y a une loi de protection du travail là-dedans).

Tout roulait - jusqu'au jour où Andrew a enfin reçu son diplôme et tout le monde en a eu raz-le-bol du régime pizza-bière. Ambrosia est alors passé du stade occupation-secondaire-intéressante à un lieu de travail à plein temps. L'entreprise est devenu une vrai entité avec sa propre raison d'être, ses bureaux à elle et un attrait grandissant. Elle a aussi développé un appétit insatiable pour l'argent liquide, puisque, comme vous dirait n'importe quel comptable, c'est un sang vert (le dollard est appelé le billet vert.Ndc) qui coule dans les veines des entreprises.

Cette période de croissance et de consommation effrénée ne fût limitée que par les rentrées bien maigres fournies par la générosité et l'honnêteté de nos clients. Bref, l'argent manquait. Un moyen fût utilisé pour encourager les utilisateurs de payer le jeu Escape Velocity. On y introduisait le personnage du Capitaine Hector, qui rappellait aux joueurs leur devoir, et qui finissait par harceler ceux qui ne s'étaient toujours pas enregistrés après une assez longue période de jeu. Quand on a comparé les ventes de Escape Velocity à celles de nos produits précédents, il est devenu évident que, soit la pizza et la bière étaient devenues beaucoup trop chères, soit quelques-uns avaient besoin d'être poussés un peu plus (tel que par le Capitaine Hector) à faire ce qu'il faut, c'est-à-dire de payer.

Fermer la porte d'entrée. -- Peu après mon arrivée chez l'équipe d'Ambrosia, Andrew m'a envoyé un article qui illustrait les avantages "d'estropier" les logiciels. Bref, l'auteur d'un partagiciel trouvait qu'on était cinq fois plus susceptible de payer pour une version un peu boiteuse de son logiciel que de s'enregistrer dès le début pour un partagiciel livré complet. C'était le dernier grain de sable dans la prise de décision. On allait continuer à produire des partagiciels, mais sans mendier dans la rue - on allait imposer des frais d'entrée.

http://hackvan.com/pub/stig/articles/why-do-people-register-shareware.html

Laissez-moi vous dire que nos oreilles ont sifflé. Beaucoup de ceux qui nous avaient félicité pour notre idéalisme nous accusaient maintenant de trahison. Peu importait que le changement fut minime pour nos clients payants - ils obtenaient toujours leur code rapidement, et avaient un accès illimité au jeu - c'était un principe immuable. D'accord, il y avait un léger inconvénient si vous aviez perdu votre code ou vouliez le réinstaller sur votre nouveau Power Mac 7 500, mais nous pouvions résoudre cela rapidement par un simple coup de fil ou par courriel.

Ce que je veux dire, c'est que nous voulions bien être adulé parce que nous étions "cool" et équitables, mais même les groupies finissent par être assommantes (C'est bien connu, ce sont des gens à priori sympas, plein de belles paroles mais qui ne prennent pas soin des autres - ils puent, vu qu'ils se lavent rarement, se baladent dans l'appart avec leurs baskets pleines de boue et bien sur filent avant la fin de la soirée en vous laissant régler l'addition). De plus, une rengaine telle un mantra boudhiste se répetait dans nos têtes : cinq fois plus d'abonnements, cinq fois, cinq fois... Je ne pense pas que ce fut totalement bon pour nous, mais nous virent réellement une augmentation de nos ventes et cela aida Ambrosia à traverser une période difficile. Non, aujourd'hui, nous ne manquons jamais de pizzas, mais il fût un temps où on essuyait de la bière avec du papier toilette en rouleaux qu'on nous avait d'ailleurs refilé. Ce fut une décision difficile, mais c'était une décision professionnelle, et il s'avéra que c'était la bonne.

Le temps a passé. Notre équipe a continué à croître et à évoluer, et on a eu, ma femme et moi, notre fils Luke. Rien ne rend une situation professionnelle et financière plus intenable que le fait d'avoir une famille. Quand nous étions seuls, ma femme et moi, nous pouvions nous amuser en pensant que nous étions juste des collégiens-associés vivant avec un budget de collégien - mais pas plus. Les pizzas et la bière ont laissé la place aux couches-culottes et aux assurances-vie.

Couches-culottes et Assurances-vie. -- Je travaille donc pour cette compagnie de partagiciels, et je veux tout faire pour conserver mon job. Vous devez comprendre que même 10 % de variation dans les enregistrements d'Ambrosia signifie que certains pourraient commencer à regarder les offres d'emplois. Dans le même temps, il devient évident que les gens ne payent pas réguliérement leurs logiciels - ils vont aux delà des limites en partageant leurs codes avec d'autres sur internet. Quelques gars ingénieux ont même fait du "reverse-engineering" (ingéniérie inverse : analyse d'un système destinée à rechercher ses principes de conception. Ndc) de nos logiciels et ont découvert comment générer leurs propres codes de licence.

Mais ne nous voilons pas la face, nous savions très bien ce qui était en train d'arriver. Internet a été le grand vecteur du télé-travail et de la paix dans le monde, mais il est devenu aussi une façon pour les gens d'obtenir les codes d'enregistrement pour n'importe quel logiciel. Nous sentions bien qu'une action était nécessaire, mais nous nous souvenions du traumatisme lors de notre dernier changement de politique quand nous exigions des gens qu'ils enregistrent les logiciels au lieu de le leur demander gentiment de le faire.

Donc au cours de nombreux déjeuners (parmi lesquels ne figuraient ni pizza, ni bière, mais par contre quelques délicieux sandwiches de chez Arby's), nous discutions des différentes façons d'améliorer le système d'enregistrement dans sa globalité sans en rendre le processus onéreux pour nos fidèles utilisateurs. la simplicité a été le mot-clé. La touche finale du puzzle technique s'est mise en place lors d'un week-end alors que je roulais en traversant le Canada, quand je me suis souvenu d'un peu d'algèbre qui rendrait notre algorithme de codage pour les numéros de série plus sûr sans violer aucun traité ou législation sur l'exportation de systèmes militaires

Quand j'ai enfin contacté Andrew, je lui ai dit un seul mot : polynôme. (Pour ceux à qui les maths donnent des boutons, un polynôme est une somme de monômes qui sont eux-mêmes des fonctions faisant correspondre à une valeur x un multiple [constant] d'une fonction puissance. C'est clair ! Ndc).

Il est resté longtemps livide, alors que j'expliquais comment nous pouvions définir de nouveaux numéros de série, et par là sécuriser nos produits, et même distribuer des codes qui expireraient et arrêteraient de fonctionner s'ils étaient trop diffusés. Ce fût un consentement de sa part mais à reculons, et puis nous avons ébauché et posé la première pierre du "nouveau système d'enregistrement d'Ambrosia".

Le changement fondamental que nous avions réalisé était d'introduire la date courante dans le code de licence. Ce cachet temporel est ensuite utilisé à un seul point du processus : il force l'utilisateur à activer le produit durant 30 jours, ou le code expire et n'active plus rien. Maintenant, et ça c'est important, le cachet temporel n'a absolument aucun effet sur les fonctions du logiciel une fois que le code est entré. Une fois personnalisé pour l'utilisateur, le logiciel demeure entièrement fonctionnel pour toujours (à moins que quelqu'un ne nettoie complètement le système !).

Snapz Pro X. -- Le premier produit à utiliser ce nouveau système d'enregistrement fut la dernière version de notre utilitaire porte drapeau, Snapz Pro X, qu'on a commencé à vendre en juin 2001. Durant l'été, le système a fonctionné comme prévu, sans bruit et sans relâche. La plupart des gens n'avait pas remarqué que les codes de licence avaient maintenant 12 chiffres au lieu de 8, et les enregistrements se poursuivaient bon train. Nous n'avons pas reçu un retour négatif avant le mois de septembre.

http://www.snapzpro.com/

Voyez-vous, en septembre, Apple a sorti la mise à jour MacOS X 10.1, et un tas de gens ont été assez paranos pour reformater leur disque et effectuer ainsi une nouvelle installation (clean install). La conséquence fût la perte des fichiers contenant les informations d'enregistrement de beaucoup de logiciels, et donc les utilisateurs se sont vus obligés de retaper leurs numéros de série. Tous ceux qui avaient enregistré leurs logiciels avant le mois d'août ont dû nous contacter par téléphone ou par courriel pour obtenir un code valide. Il va sans dire que nous leur avons changé ces codes rapidement et gratuitement, puisqu'ils avaient déjà payé.

C'est ainsi qu'on s'est rendu compte que les gens sont souvent trop occupés pour penser à conserver leurs différents numéros de série dans des endroits sûrs, ou oublient simplement de le faire. Aussi, à chaque mise à jour système importante, nous avons un afflux énorme de demandes de codes. Pour traiter ce nombre incalculable de gens qui ont perdu leurs codes (ou qui ne l'ont retrouvé que pour se rendre compte qu'il n'était plus valable...) nous avons mis en place une adresse de courrier électronique spécifique lostcodes@ambrosiasw.com dédiée à la création de nouveaux codes d'accès. Lorsque un utilisateur lambda entre son code erroné, on lui propose de nous envoyer un message à cette adresse d'un seul clic, et nous essayons de lui répondre le plus rapidement possible. Mais vous savez, le temps et la distance n'étant pas compressibles, le Département du Travail de l'état de New-York nous oblige de n'y répondre que durant les heures légales de travail.

Suite à quelques plaintes de clients, nous avons décidé de remédier à ce problème en automatisant le processus de renouvellement des numéros de série. Lorsque un code erroné est entré pour l'installation de Snapz Pro X, on propose à l'utilisateur d'en commander un nouveau immédiatement via notre serveur automatique. Renouveler un code d'installation ne prend que la durée de deux clics supplémentaires (soit environ 30 secondes en moyenne), et ça laisse le choix à l'utilisateur. Il peut décider quand mettre à jour son système, installer le logiciel et demander le nouveau code quand ça lui chante ­ même à minuit pendant un week-end de Pâque !

Vous vous demandez probablement quel est l'avantage d'utiliser des numéros de série dont la validité expire automatiquement au bout d'un moment - pourquoi se fatiguer à implanter une telle usine à gaz ? Pour répondre à cette question, il faut se tourner vers nos trois catégories d'utilisateurs : En premier lieu, nos clients qui paient leur licence et qui sont dotés d'une connexion Internet. Pour eux il n'y a quasiment rien à faire : il suffit d'envoyer un courriel à Ambrosia, la réponse arrive sous 24 heures. Pour la deuxième catégorie, ceux qui ont pris la peine de noter quelque part leur code d'enregistrement il n'y a même pas d'attente : le code leur est envoyé immédiatement. Les seuls qui sont embêtés sont les clients de la troisième catégorie, ceux qui nous fournissent des codes piratés pour déverrouiller un logiciel qu'ils n'ont pas acheté.

Ceci nous ramène à la question : "Quel pourcentage d'utilisateurs font appel à des codes piratés ?" La triste réalité de la vie est que dans leur majeure partie les gens sont honnêtes... à moins de se voir offrir l'occasion de ne pas l'être. Si, au hasard d'un forum électronique, on leur refile un numéro valide ou bien qu'une simple recherche sur Internet leur en fournit une liste, ils n'iront pas chercher plus loin, utiliseront celui là et tenteront de faire taire la petite voix aux fond d'eux même en explosant des aliens ou en écrasant des poissons (NdT : référence aux univers de deux jeux vendus par Ambrosia). Seuls les bidouilleurs purs et durs consacreront du temps à dépiauter le code pour faire sauter le mécanisme de protection - et pour tout vous dire, je ne vois pas ce que nous pourrions faire pour les en empécher. Pour eux, faire sauter un verrou c'est un sport - plus c'est difficile, mieux c'est - et ils n'hésiteront pas à consacrer tout le temps nécessaire à la chose...

Il a toujours été difficile de mesurer le pourcentage de logiciels piratés en circulation mais notre expérience nous montre que la vaste majorité des utilisateurs n'a ni le temps ni l'envie de bidouiller des logiciels pour en faire sauter la protection. Et c'est là que cela devient intéressant pour nous : s'il est difficile de trouver des codes piratés, alors ces utilisateurs achèteront le logiciel. En conséquence, notre méthode de codes dotés d'une date d'expiration permet de stopper (ou du moins freiner) le "piratage occasionnel" étant donné que les numéros de série échangés sur Internet ou stockés dans une base de données du Type "Surfer's Serials" ne sont valables que pour une durée limitée avant de devoir être renouvelés.

De manière assez ironique, ce sont ces pirates occasionnels qui me permettent de prendre la mesure de l'impact du piratage sur nos ventes.

Voyez vous, pour renouveler un code qui lui a été dérobé, Paul Lambda, utilisateur moyen, doit se connecter à un ordinateur dans notre bureau. Rien d'immoral dans tout cela : il nous envoie son nom d'utilisateur et son code d'accès périmé et en échange il reçoit un nouveau code de licence ou un message d'erreur adapté à son cas. Nous ne faisons pas de cryptage des données, nous ne récupérons pas d'informations personnelles, et nous n'établissons même pas de connexion sans permission explicite. Mais quand Paul Lambda clique sur ce petit bouton brillant marqué "Renew" (Renouveler), notre serveur enregistre le produit, le nom d'utilisateur, et l'adresse Internet d'origine.

Les deux premiers jours après la mise en ligne de la dernière version de Snapz Pro X, notre serveur a été très sollicité. Des 194 différentes tentatives qui ont essayé de renouveler un code de license, 107 ont envoyé des codes piratés (cliquez sur l'adresse URL ci-dessous pour voir une copie d'écran d'une connection au serveur ; tout ce qui est signalé en rouge représente des tentatives de validation de codes piratés). Incroyable mais vrai, plus de la moitié des gens qui ont téléchargé la mise à jour utilisaient l'un ou l'autre des deux codes piratés que nous connaissons depuis des mois. Certains ont même essayé différentes variantes des noms d'accès quand le serveur leur a refusé l'accès ("Attends, j'ai du mal orthographier ça"), et il s'est même trouvé un rigolo pour cliquer frénétiquement toutes les quatre secondes sur le bouton "Renouveler". ("POURQUOI click ÇA click MARCHE click PAS ? ? ? click ) jusqu'à ce que notre serveur le déconnecte.

http://www.tidbits.com/resources/620/pirate_log_red.gif

Inutile de nous dire que notre échantillon n'est pas représentatif, nous le savons. Mais nous pensons que l'expérience, elle, est assez représentative de la réalité des choses, et peut-être même un peu en-dessous de la réalité. Et cela nous conforte vraiment dans notre opinion que le piratage occasionnel est à la fois très répandu et très dommageable.

Espoir pour le futur. -- Même si je n'ai jamais croisé le regard de ces gens, ils savent que je les observe. Ils ont montré un véritable intérêt pour nos logiciels quand ils pensaient qu'ils pouvaient les utiliser gratuitement, et cela me donne l'espoir que peut-être certains d'entre eux décideront désormais qu'il est plus facile et plus satisfaisant d'enregistrer les logiciels que de voler notre dur labeur. Si c'est le contraire, soit ils ont été contraints d'arrêter d'utiliser le logiciel, soit... et bien, ils me trouveront sûrement de nouveau, à un moment ou un autre, sur leur route. Mais la prochaine fois, je serai accompagné du Capitaine Hector.

J'espère aussi que cet article montre à nos clients (et aux autres utilisateurs) l'impact que le piratage peut avoir sur de petites entreprises de logiciels comme la nôtre. J'espère qu'ils comprendront nos décisions quant au système d'enregistrement et qu'ils admettront que 30 secondes et deux clics ne sont après tout qu'un désagrément mineur. Si chacun paie pour les produits qu'il apprécie et utilise, des sociétés comme Ambrosia pourront survivre et continuer à faire de chouettes logiciels pour le plaisir de tout le monde.

Enfin, j'espère que ces changements me donneront un peu plus de sécurité d'emploi, pour que je puisse continuer à faire ce que j'aime, avec une équipe de gens parmi les plus sympas que j'aie jamais rencontrés. J'ai l'intention de travailler ici le plus longtemps possible, de faire de superbes logiciels et d'épargner assez d'argent pour que mes enfants puissent plus tard faire des études et avoir eux aussi leur part de bière et de pizza.

[Cet article est repris du Ambrosia Times avec son autorisation ; Matt Slot travaille depuis presque 5 ans pour Ambrosia, mais sa vie n'est pas seulement faite de fun et de jeux pour l'opérateur d'algorithmes qu'il est. Quand il n'est pas en train de plancher sur des polynômes ou de combattre les pirates, Matt apprécie la lecture de bons bouquins (Terry Pratchett), la télévision à petites doses (24), et jouer avec ses deux enfants (Luke et Kaleigh).]

[Terry Pratchett est un écrivain anglais de science-fiction, auteur de la célèbre saga du Disque-monde. 24 (Twenty-Four) est la série d'anticipation phare diffusée actuellement sur la Fox tous les mardi soir qui nous fait vivre en temps réel la préparation d'un attentat contre un candidat black pour la Maison Blanche. Ndc]


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