PayBITS: combien vaut une information?
à vous de juger.
par Adam C. Engst <ace@tidbits.com>
Il est temps de repenser à la valeur que nous accordons à
une information donnée et j'aimerais vous proposer une méthode
pour quantifier cette valeur et la traduire en termes financiers.
Certaines informations changent de valeur à une vitesse vertigineuse
- pensez aux récompenses associées à l'arrestation
de certains criminels. Plus couramment, nous avons des consultants qui
facturent 100 US$ et plus de l'heure pour communiquer des informations
à leurs clients, sans parler des lettres d'informations spécialisées
dont l'abonnement coûte des centaines voire des milliers de dollars
par an. En quoi les informations de ces consultants ou de ces lettres
d'informations sont elles différentes des contenus qui apparaissent
dans TidBITS, MacWorld ou même sur de nombreux sites web ?
Dans bien des cas, il y a peu ou pas de différence. Nous avons
été conditionnés à valoriser le message à
partir de son support. Par exemple, nous payons les consultants à
des taux horaires très élevés parce qu'ils digèrent
l'information à notre place et nous la présentent sous une
forme personnalisée. Les lettres d'information spécialisées
promettent un bénéfice similaire, en présentant souvent
le point de vue d'une unique personne sur un sujet très spécifique.
Un livre broché coûte moins cher qu'un livre en reliure,
même si le contenu est le même. Nous payons plus cher le privilège
de pouvoir lire un livre en avant première (avec un petit supplément
pour le prix d'une meilleure matière). Nous payons pour nous abonner
à des magazines imprimés, mais beaucoup d'entre nous s'attendent
à trouver gratuitement le même contenu en ligne, accessible
même à des personnes qui ne sont pas abonnées. Nous
achetons des CD de musique, mais il y a des millions de gens qui téléchargent
gratuitement les mêmes morceaux grâce aux services de partage
de fichiers.
Je suis tout à fait favorable aux modèles économiques
variés, mais aucune des approches traditionnelles actuelles ne
laisse au lecteur le soin de juger de la valeur du contenu. A la place,
la valeur est déterminée arbitrairement en fonction d'une
variété de caractéristiques qui n'ont rien à
voir avec l'information en soi. Bien qu'on nous ait répété
de longue date que l'habit ne fait pas le moine, nous continuons néanmoins
à juger la qualité d'un livre à sa couverture. Il
est temps de cesser de se préoccuper de la forme du flacon et de
juger la valeur de la bouteille en se basant sur le contenant.
Un modèle économique fragmenté
-- Depuis plusieurs siècles l'information nous est essentiellement
livrée groupée par lots - le journal, le magazine, le disque,
le forfait pour la télévision câblée. Ce type
de diffusion était nécessaire entre autres à cause
des coûts inhérents à la distribution de l'information.
Le seul moyen de rendre ses coûts acceptables est de les répartir
sur une grande quantité d'éléments d'information.
Distribuer un seul article imprimé sur une feuille de papier n'est
qu'un tout petit peu moins cher que de distribuer toute une série
d'articles sous forme de journal. Ajoutez à cela le concept de
la production industrielle pour une diffusion de masse - beaucoup d'exemplaires
identiques d'un même article sont vendus à beaucoup de personnes
- et on peut voir comment nous en sommes arrivés aux modèles
économiques de rentabilité habituels pour la distribution
de l'information: la vente à l'exemplaire, la publicité
et les abonnements. Lorsque le nombre des ventes est grand, le prix à
l'exemplaire peut être bas, ce qui rend possible l'achat d'un magazine
pour quelques dollars ou un abonnement annuel à un prix modeste.
Si les lecteurs sont assez nombreux ou bien choisis, les ventes publicitaires
peuvent permettre de donner gratuitement le contenu.
Ca n'a pas toujours été comme ça, et dans certains
cas, ça ne l'est pas encore. Une bonne partie de l'art et de la
musique de la Renaissance doit son existence à un système
de mécénat vis à vis des artistes de l'époque.
Encore aujourd'hui, les notes d'analystes peuvent coûter des milliers
de dollars. Les mécènes d'antan et les gens d'aujourd'hui
qui achètent ces notes coûteuses aujourd'hui ont ceci en
commun - la valeur de ce qu'ils achètent réside dans le
contenu.
A mon avis, il nous faudrait un compromis - un modèle économique
qui mettrait en valeur le contenu sans égard à sa méthode
de distribution ou à sa forme physique tout en conservant sa disponibilité
libre et son prix abordable. Beaucoup de gens ont dit qu'ils aimeraient
pouvoir rembourser les musiciens directement pour les chansons téléchargées;
nous voudrions tenter une expérience similaire avec les auteurs
d'articles TidBITS. Nous avons appelé ce projet PayBITS. En deux
mots, PayBITS devrait permettre à un lecteur de rémunérer
directement un auteur pour un article TidBITS donné, lui même
fixant le montant de cette rémunération en fonction de ce
qu'il estime être la valeur de l'information obtenue par cet article.
L'expérience PayBITS -- Bien que TidBITS soit
une publication gratuite et dont les contenus sont accessibles à
tous, nous avons déjà par le passé expérimenté
différentes méthodes pour valoriser financièrement
les contenus que nous produisons. En 1992, quand il est devenu clair que
nous ne pourrions pas continuer à faire TidBITS si cela ne nous
rapportait un peu d'argent, nous avons mis en place notre programme de
mécénat d'entreprise, inspiré du modèle en
vigueur à la télévision publique aux Etats Unis (l'émission
de ce soir vous est présentée par l'entreprise machin).
Aussi loin que nous avons pu chercher, il semblerait que cette initiative
fut parmi les premiers programmes publicitaire sur Internet - nous marchions
sur des oeufs à l'époque car en ces temps là le Net
était encore régi tacitement par l'idéal non-commercial
énoncé dans le code de bonne conduite dicté par la
"National Science Foundation" (la Fondation nationale américaine
pour les sciences - "National Science Foundation Acceptable Use Policies").
Puis, en 1999, à l'instigation de nos fidèles lecteurs de
TidBITS Talk (le forum des lecteurs de TidBITS), nous avons mis en place
le programme de contribution volontaire, qui a pour résultat la
participation directe de 850 lecteurs à la survie financière
de TidBITS, dont plus de 200 personnes sont des soutiens permanents.
<http://db.tidbits.com/
getbits.acgi?tbart=02995>
<http://db.tidbits.com/
getbits.acgi?tbart=05565>
<http://www.tid
bits.com/about/support/contributors.html>
Le programme de mécénat nous a permis de continuer à
faire TidBITS, bien que nous continuions à "subventionner" TidBITS
en ne comptant pas les heures que nous lui consacrons - chacun de nous
pourrait gagner bien plus d'argent s'il consacrait ce temps à d'autres
boulots. Et le programme de contributions volontaires, bien qu'il ne puisse
pas remplacer le mécénat, a également fourni des
rentrées d'argent extrêmement bienvenues. En conséquence,
bien que la désaffection des publicitaires pour Internet nous a
fait du mal, nous nous arrangeons pour rester à flot.
Ce nous avons toujours été incapable de faire, c'est de
résoudre le problème du paiement de nos auteurs. Déjà
que les membres de la rédaction gagnent beaucoup moins que dans
des postes comparables dans le domaine de l'édition mais en plus
il n'y a pas d'argent pour rémunérer le travail des auteurs.
Le seul bénéfice qu'ils tirent de leur participation à
TidBITS sont des bénéfices dérivés tel qu'une
certaine notoriété. Certains auteurs se sont prévalus
de leur participation à TidBITS (parfois avec notre aide) pour
obtenir des piges dans des magazines ou pour se voir proposer des contrats
de rédaction ou de co-rédaction d'ouvrages; mais ce sont
des bénéfices qu'on ne peut planifier à l'avance.
Voilà où PayBITS entre en scène. A la fin de certains
articles de TidBITS, nous placerons quelques lignes de texte et un lien
vers un service de paiement sur Internet affin que les lecteurs puissent,
s'ils le veulent, apporter une contribution directement à l'auteur
de l'article. Il incombera aux auteurs de rédiger le texte appelant
à contribution et de suggérer la somme éventuelle
ainsi que le service de paiement à utiliser (vraisemblablement
Paypal ou Kagi) . Pour notre part nous nous contenterons d'insérer
un bref texte explicatif de la méthode PayBITS à l'intention
des lecteurs qui n'auront pas lu le présent article.
<http://www.paypal.com/>
<http://www.kagi.com/>
Si vous trouvez qu'un article de TidBITS est particulièrement
intéressant, qu'il vous a apporté une valeur ajoutée
(résolution de problème, gain de temps ou d'argent...) alors
vous pouvez traduire cette reconnaissance en termes financiers en cliquant
sur le lien PayBITS de l'auteur et en lui versant le montant de la valeur
que vous associez à l'information qu'il vous a fournie. Vous contribuez
ainsi à renforcer le concept selon lequel l'information a une valeur
réelle. L'auteur peut suggérer un montant à payer
mais c'est vous qui décidez de ce que vous donnez, en fonction
de la valeur qu'a l'information pour vous.
Dans mes prévisions seulement un très petit pourcentage
des lecteurs de TidBITS trouvera un article suffisamment valable ou intéressant
pour vouloir jeter une pièce dans le chapeau de l'auteur. Cela
n'est pas gênant puisque, en théorie, notre lectorat est
suffisamment nombreux pour que même un petit pourcentage représente
un nombre conséquent de personnes et donc de dons. Et bien sûr,
comme les auteurs ne sont de toute façon pas payés par ailleurs
pour les articles qu'ils contribuent, tout montant versé sera bon
à prendre. Nous demanderons aux auteurs de nous faire savoir combien
de paiements ils reçoivent et le montant total - ceci affin de
nous aider à évaluer quels sont les auteurs et les articles
que les lecteurs trouvent les plus utiles et/ou intéressants.
Soucis et Confusion - J'ai présenté cette
idée sur le forum TidBits Talk et la réaction a été
fabuleuse (c'est d'ailleurs sur le forum qu'a été trouvé
le nom du service, merci à Maarten Festen). La majorité
des participants a accueilli l'idée de manière tout à
fait positive, bien que certains ont exprimé des doutes.
<http://db.tidbits.com
/getbits.acgi?tlkthrd=1696>
Quelques auteurs ont répondu qu'ils ne souhaitaient pas être
payés. Cela ne pose pas de problème. Nous ne forcerons certainement
pas nos auteurs à participer à PayBITS, bien qu'ils puissent
aussi choisir d'orienter les paiements sur d'autres organisations ou causes
charitables. Il aurait été facile, par exemple, de faire
réorienter les paiements relatifs à l'article de Cory Doctorow
sur les oukases d'Hollywood vers la Electronic Frontier Foundation, une
cause qui vaut certainement la peine d'être soutenue financièrement.
<http://db.tidbits.com/
getbits.acgi?tbart=06901>
D'autres membres du forum ont carrément pété les
boulons et nous ont monté des usines à gaz technologiques
censées nous permettre de servir des pages PayBITS aux lecteurs,
le clic final faisant le lien avec un service de paiement approprié.
D'autres nous suggéraient de mettre en place notre propre système
de micropaiements. Bien que j'apprécie l'élégance
potentielle et l'utilité éventuelle de tels systèmes,
je veux garder cette phase initiale de PayBITS aussi simple que possible
car nous sommes déjà surchargés de travail. Tout
changement d'infrastructure doit être planifié, conçu,
codé, entretenu et adapté pour s'intégrer à
notre système existant. C'est plus que nous ne pouvons assumer
pour l'instant, mais il n'est pas dit que nous y revenions pas dans un
avenir proche.
Certains ont exprimé le souci que PayBITS pourrait influencer
nos choix rédactionnels, mais je ne vois pas de danger de ce côté
là : nous ne publions que ce que nous jugeons important. De plus,
même si PayBITS nous faisait publier plus d'articles susceptibles
d'être utilises et particulièrement intéressants à
nos lecteurs (et donc générateurs de revenus), je ne vois
pas en quoi cela serait mal.
D'autres trouvaient l'idée bonne mais pensaient que cela cannibaliserait
les contributions à TidBITS en général. Cela ne m'inquiète
pas non plus vu que notre programme se fera sous l'égide de PayBITS.
Pour les articles que nous faisons avec TidBITS (comme celui-ci) ou ceux
qui ont plusieurs auteurs (comme nos articles "Superlatifs de Macworld"),
nous dirigerons le lien de PayBITS vers notre programme de contribution
volontaire.
Un plus grand nombre de lecteurs ne voulaient pas avoir à estimer
la valeur article par article et auraient préféré
donner une somme annuelle forfaitaire en nous laissant le soin de la distribuer
entre les auteurs. A ceux ci, je répondrais que PayBITS est justement
une expérience sur la valeur des éléments individuels
d'information. Une personne pourrait trouver un article extrêmement
à propos et utile, tandis qu'une autre le trouverait parfaitement
dénué d'intérêt. Payer les responsables de
TidBITS pour qu'ils rétribuent leurs auteurs relève d'un
modèle économique classique et est ni nouveau ni passionnant.
De plus, la gestion administrative nous prendrait plus de temps que nous
ne pouvons nous le permettre.
Finalement, quelques personnes ont trouvé l'idée peu pratique
et nous ont suggéré de tout simplement faire payer un abonnement
pour TidBITS. Certains ont également suggéré que
les gens utilisent d'autres sources, dont le contenu payant. Répétons
ici que le système d'abonnement est dépassé; même
si les sources d'information sur Internet accessibles par abonnements
ont l'air de reprendre du poil de la bête ces derniers temps (un
article récent du New York Times faisait état d'une telle
tendance), ils n'ont néanmoins pas eu le succès escompté.
Pour l'instant, je ne vois pas l'intérêt de passer à
un système d'abonnement, si on en croit les chiffres communément
publiés, une telle initiative nous ferait perdre 90% de notre lectorat
et nous nous retrouverions, avec un peu de chance, qu'avec 10 % de nos
lecteurs. Je ne peux pas me faire à l'idée de perdre des
lecteurs potentiels : nous avons toujours essayé de rendre TidBITS
le plus accessible. En ce qui concerne l'idée que les gens se tournent
vers d'autres ressources, l'intérêt de PayBITS est justement
de permettre aux gens de reconnaître la valeur d'un article qu'ils
ont déjà obtenu, pas de le leur cacher tant qu'ils n'ont
pas payé. Si quelqu'un ne veut pas payer, on ne lui en voudra pas.
<http://www.nytimes.com/2002/08/01/technology/01ONLI.html>
C'est parti pour PayBITS -- Il ne nous reste plus qu'à
laisser de coté tous nos préjugés et idées
préconçues concernant la valorisation des contenus et de
voir comment PayBITS va fonctionner. Dans quelque temps, quand le système
aura été rodé, je ferais le point. En attendant,
si vous avez un avis sur tout cela, n'hésitez pas à prendre
la parole dans TidBITS Talk.
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