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TidBITS#456/23-Nov-98

Quelles sont les retombées du procès Microsoft pour Apple et l'industrie informatique ? Cette semaine Matt Deatherage conclut son analyse des enjeux du procès fait à Bill Gates. De nôtre côté, nous vous annonçons une fusion possible entre America Online (AOL) et Netscape ainsi qu'une première victoire de Sun dans son procès contre Microsoft sur les licences d'exploitation de Java en obtenant une mise en demeure préliminaire de Microsoft. Il y a aussi quelques nouvelles qui n'ont pas de rapport avec Microsoft cette semaine, telle la sortie de Speed Doubler 8.1.2 et WebSTAR 3.0.2, ainsi que plus de détails sur l'offre de crédit-bail pour les iMac d'Apple.

Sommaire:

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MailBITS/23-Nov-98

AOL & Netscape? America Online et Netscape Communications ont confirmé qu'ils considèrent actuellement une entente où AOL se porterait acquéreur de Netscape pour 4 milliards de dollars en actions d'AOL et où Sun Microsystems acquerrait également, par achat ou licence, la gamme de produits pour serveurs d'entreprise de Netscape. Si le marché se conclut, AOL deviendrait propriétaire du fureteur web de Netscape (qui occupe 50% du marché) et de son très achalandé site portail, NetCenter. Microsoft utilise les rumeurs entourant cette entente pour défendre sa position dans son actuel procès antitrust. Cette situation témoignerait en sa faveur en démontrant comment elle est confrontée à une éventuelle et féroce concurrence, sans aucune intervention gouvernementale. Les opposants de Microsoft argumenteront probablement que l'entente n'est qu'une évidence de plus démontrant que même une compagnie d'envergure comme Netscape ne peut résister seule à Microsoft. [GD].

Speed Doubler 8.1.2 corrige certains bogues -- Connectix vient de rendre disponible la version 8.1.2 de Speed Doubler qui corrige certains bogues tout en améliorant sa compatibilité avec le nouveau OS. Parmi les changements, la fonctionnalité de copie rapide peut maintenant être utilisée à partir d'un disque de départ verrouillé, elle nettoie les dossiers "spring-loaded" proprement et elle ne plante pas si une fenêtre de copie est placée hors écran. La mise à jour fixe également un problème majeur (crash) sous Mac OS 8.5 lorsque l'on cliquait OK ou Cancel dans l'interface de configuration propre à "Copy Agent". Connectix recommande que tous les utilisateurs de Speed Doubler 8 se procurent la mise à jour 8.1.2, disponible gratuitement sur le site de la compagnie (fichier à télécharger de 516K). [JLC]

http://www.connectix.com/html/speed_doubler_updates.html

Première victoire pour Sun dans sa lutte contre le Java à la sauce Microsoft -- Dans le procès qui oppose depuis un an Sun Microsystems à Microsoft autour des questions de licence pour le langage Java, le juge Ronald Whyte a approuvé la requête de Sun et émis une ordonnance rogatoire concernant l'implémentation par Microsoft du langage Java pour Windows, ordonnance qui donne à Microsoft 90 jours pour mettre en conformité ses produits utilisant Java aux termes de l'accord de licence qui le lie à Sun. En fait, cela signifie que les produits Java de Microsoft doivent être compatibles avec JNI (Java Native Interface), l'interface native de Java avec l'environnement d'exécution ; ils doivent passer les tests de compatibilité, et par défaut ne pas activer les directives de compilation et mots clés non standards dans l'environnement de développement Java. Microsoft doit aussi avertir ses clients qu'une ordonnance préliminaire du juge l'a trouvé en violation des accords de licence avec Sun ; Microsoft doit enfin informer les développeurs quand ils essayent de compiler du code qui n'est pas compatible avec la technologie Java de Sun. Microsoft a annoncé qu'il se plierait au jugement, et bien que la Cour pense que Sun soit gagnant dans ce procès, elle a ordonné à Sun de faire un dépôt de garantie de 15 millions de dollars au cas où Microsoft gagne. Les effets de cette décision sont peut-être déjà visibles ; il semblerait que Microsoft abandonne sa machine virtuelle Java pour Macintosh et Unix, en partie pour se soumettre à la décision du tribunal. [GD]

http://java.sun.com/lawsuit/
http://www.microsoft.com/presspass/features/11-17sun.htm
http://www.zdnet.com/zdnn/stories/news/0,4586,373263,00.html

Sortie de la mise à jour pour WebSTAR 3.0.2 -- StarNine Technologies vient de publier WebSTAR 3.0.2, une nouvelle version de son logiciel serveur Web très répandu. WebSTAR 3.0.2 règle bon nombre de problèmes et propose des améliorations au coeur même du logiciel, dont une compatibilité accrue avec FTP et MacBinary, une meilleure gestion de la mémoire tampon ("data cache"), l'élimination de nombreux bogues ainsi que des solutions pour remédier aux problèmes de mémoire liés à Open Transport sur les ordinateurs PowerPC. La mise à jour 3.0.2, gratuite pour les propriétaires d'une version WebSTAR 3.x, se présente sous la forme d'un fichier de 12.6 MB qui fera passer à la version 3.0.2 toute copie de WebSTAR 3.0 ou 3.0.1 (y compris les versions SSL et "background"). Mettre à jour un logiciel serveur Web est toujours une tâche un peu risquée, n'oubliez donc pas de faire une sauvegarde de votre configuration et lisez bien les instructions détaillées fournies par StarNine AVANT de faire quoi ce que soit. [GD]

http://www.starnine.com/webstar/webstarupdates.html


Credit-Bail iMac - la suite...

par Adam C. Engst ace@tidbits.com

Mon article sur le crédit-bail Apple permettant d'acheter un iMac pour $30 par mois (cf. "iMac Equals Three Pizzas Per Month" dans TidBITS-454) a suscité un certain nombre de commentaires de la part de nos lecteurs.

http://db.tidbits.com/getbits.acgi?tbart=05167

Vivent les Vieux Mac -- Certaines personnes se sont offusquées de mon affirmation que cinq ans et demi était une période bien trop longue pour le paiement d'un ordinateur, étant donné qu'il serait totalement dépassé à la fin du crédit. Nous sommes fortement en faveur de l'utilisation de vieux Macintosh, tant que ceux-ci sont encore capables de faire le travail. Notre Mac SE, que nous avions déjà métamorphosé en un Mac SE/30 vers 1990, est l'une de nos machines les plus utilisées. Cet ordinateur non seulement gère des milliers d'abonnées à plus de 20 listes de courrier électronique par le biais de l'excellent logiciel LetterRip Pro de Fog City Software, mais fait en plus tourner un serveur-base de données "Now Contact" et "Now Up-to-Date". Par ailleurs il tient un journal de bord de l'activité de nos autres serveurs par le biais du logiciel "PageSentry" de Maxum et fait office de serveur d'impression LocalTalk pour notre imprimante laser par le biais de "LaserWriter Bridge". Bien que nous ayons installé Lazarus, le module de détection de crash et de redémarrage automatique développé par Kernel Productions, il se passe souvent des semaines entières sans le moindre problème. Pas mal pour une bécane vieille de 10 ans ! Non, mon argument est que je n'aimerais pas me retrouver à devoir continuer à payer au prix fort une machine démodée - quels que soient les services qu'elle me rend , alors que les machines sont de plus en plus puissantes et de moins en moins chères chaque année.

http://www.fogcity.com/
http://www.maxum.com/PageSentry/
http://www.kernel.com/lazarus.html

Payez à votre rythme, sans frais supplémentaires -- Un détail important que j'ai omis de préciser et qui n'apparaît qu'en lisant les clauses écrites en petits caractères du contrat, est le fait que le crédit-bail Apple ne demande pas de frais de pré-paiement. Si donc vous n'avez pas la trésorerie nécessaire pour acheter un iMac d'un seul coup, vous pouvez l'acheter en crédit-bail Apple pour 30 US$ par mois, et augmenter les remboursements à votre convenance. L'augmentation de ces remboursements réduit significativement le montant total de ce que vous aurez à payer, et représente une bonne gestion de trésorerie, à moins que vous disposiez de placements vous offrant des intérêts à 15% et plus.

En cadeau dans chaque boite: Internet gratuit ! -- Il apparaît en définitive qu'intégrer les frais d'accès à Internet dans le coût d'un ordinateur (et vice-versa) n'est pas une idée nouvelle. Magnus Dahl magnus.dahl@radio.ausys.se écrit : Ici en Suède nous avons deux sortes de prix pour l'iMac et la plupart des autres ordinateurs. Le prix "normal" d'un côté et de l'autre, un prix plus avantageux. Celui-ci est appliqué si vous vous abonnez pour un an à un fournisseur d'accès Internet (FAI). Le prix d'accès est alors compris dans les mensualités, à ceci venant s'ajouter les frais de communication téléphonique dépendant de votre temps de connexion.


Briser les noyaux durs - Suite et fin

par Matt Deatherage

La semaine dernière, j'ai examiné la riposte de Microsoft face aux accusations de "formation de trust" et de monopole proférées par ses amis comme par ses ennemis. Aujourd'hui il est temps de se demander si ces accusations sont justifiées ou si elles sont des résidus idéologiques d'un autre âge, mais aussi pourquoi seul Microsoft semble devoir faire face à un examen aussi minutieux.

http://db.tidbits.com/getbits.acgi?tbart=05175

Microsoft peut-il s'inspirer d'Apple? Pourquoi Apple ne fait elle pas l'objet de plaintes comme celles contre Microsoft ? Un ancien vendeur de clone Mac OS a poursuivi Apple, prétendant qu'Apple avait abusé de sa position de monopole dans les machines Mac OS afin de tuer les clones en 1997 - mais personne n'a déclenché une poursuite similaire sous prétexte que Apple a abusé de son monopole du logiciel. C'est étonnant, car les éditeurs de logiciel sont généralement friands de procès, c'est dans leur nature.

Apple évite généralement de telles difficultés en construisant des solutions qui font appel à des tiers, et pas des composants étroitement intégrés qui ne peuvent être desimbriqués. Imaginez votre logiciel Internet. Vous ne pouvez pas retirer la fonction courriel de Netscape Communicator et mettre Eudora ou Mailsmith dans votre navigateur, mais vous pouvez utiliser Eudora ou Mailsmith à la place des capacités natives de courriel. C'est la différence.

Il suffit de regarder AppleScript. Cette technologie se base sur les "Apple Events", une méthode de communication inter-applications utilisée également dans d'autres domaines que l'utilisation de scripts. Les Apple Events sont utilisés par d'autres composants de MacOS, tels que les événements de bas niveau ou AppleTalk. Aucune de ces technologies n'est pour autant limitée à AppleScript - les développeurs sont libres de les utiliser sans toucher à AppleScript, et peuvent même le faire si AppleScript n'est pas installé.

Mais Apple n'a pas limité MacOS à une seule forme de scriptage. Frontier (UserLand) était disponible avant même qu'AppleScript entre dans ce marché, et divers logiciels, de QuickKeys (CE Software) à MacPerl en passant par OneClick (WestCode) fournissent tous des possibilités d'automatisation. Anticipant l'intérêt pour la chose, Apple a inventé l'"Architecture ouverte de pilotage" (en fait, le nom technique d'un complément de pilotage est "Open Scripting Architecture Extension", ou OSAX). La méthode de script, qui n'est pas l'actuel langage AppleScript, a été disponible pour tout langage de pilotage. En utilisant cette architecture, tous les langages de pilotage peuvent travailler ensemble s'ils le veulent bien. C'est pour cela que l'utilitaire "Éditeur de Script" vous laisse éditer et compiler des scripts dans tout langage respectant la norme OSA (cliquez sur le mot AppleScript en bas à gauche d'une fenêtre de l'Éditeur de script pour dérouler un menu vous permettant de sélectionner votre langage).

AppleScript est livré gratuitement avec Mac OS, mais d'autres langages - répondant à d'autres besoins - font un meilleur boulot. Cette forme d'ouverture est typique de Mac OS. Vous ne le savez peut-être pas, mais les polices de caractères sont maintenant également gérées de cette façon. QuickDraw GX a vu l'introduction de "Open Font Architecture" (OFA), qui permet aux développeurs d'insérer leur propre code pour afficher des polices dans leur propre format. Quand OFA est disponible, Adobe Type Manager fonctionne comme un convertisseur typométrique, de la même façon que celui de TrueType. OFA est disponible dans Mac OS 8.5 et les versions suivantes, même si aucune documentation n'a encore été rédigée à l'intention pour les simples mortels.

Si Microsoft avait créé un genre d'"Architecture Ouverte d'Affichage HTML" dont Internet Explorer serait une implémentation, il n'y aurait pas de quoi casser trois pattes à un canard. Netscape pourrait écrire ses propres composants pour qu'ils remplacent ceux de Microsoft, et les consommateurs auraient le choix du code utilisé en dessous du niveau de l'application. Ainsi, Eudora Pro 4 pour Windows demanderait au système d'exploitation de lui fournir des fonctions HTML et les utilisateurs pourraient choisir entre les fonctions proposées par Microsoft, Netscape, Spyglass ou n'importe quel autre développeur de moteur d'affichage HTML.

Si Microsoft avait réalisé cela, il est peu probable que le Département de la Justice aurait admis une plainte concernant ce type d'association. Si le gouvernement avait plus de connaissances techniques, ceci aurait pu être le genre de solution qu'il aurait aimé qu'une cour de justice impose en cas de victoire. C'est la seule solution réaliste dans la situation actuelle de concurrence acharnée : obliger Microsoft à jouer le jeu sans pour autant le mettre à genoux - en le forçant à tenir compte du code de Netscape alors que les deux protagonistes se livrent une guerre sans merci pour contrôler le gâteau du niveau logiciel intermédiaires ("middleware"), entre les applications logicielles individuelles et le système d'opération.

A mon avis, le fait qu'une telle solution n'ait jamais été ne serait-ce que prise en compte par Microsoft, dévoile les intentions véritables de la société. Microsoft n'a pas hésité à s'approprier les idées d'Apple dans le passé, et en ce moment nous voyons réapparaître dans Windows le concept d'architecture de script. Quand il le veut, Microsoft sait ouvrir des portes afin que des éditeurs externes puissent interfacer leurs produits avec son code, on l'a vu avec ActiveX. En ignorant délibérément la procédure courante qui veut que l'on permette l'intégration de sa technologie dans des solutions développées par des tiers - et en associant Internet Explorer et uniquement Internet Explorer à Windows 98 - Microsoft nous a, sans le vouloir, dévoilé sa véritable intention : contrairement à la volonté tant claironnée de vouloir "améliorer" et "proposer de nouvelles fonctionnalités", la société veut en fait contrôler le niveau logiciel intermédiaire ("middleware").

A mon avis il ne fait aucun doute que Microsoft a violé au moins l'esprit, et probablement également la lettre, de la législation anti-trust. Les circulaires internes de Microsoft rendues publiques par le gouvernement des États-Unis ont montré l'image d'un Microsoft essayant d'éjecter Netscape du marché, en utilisant Windows comme une arme chaque que fois que cela était possible. Si la justice apporte la preuve de ces affirmations et qu'elle convainc le juge Jackson, le gouvernement aura marqué un point. Se servir de Windows pour forcer le consommateur à acheter d'autres logiciels est exactement le genre de comportement contre lequel ont été mises en place les lois anti-trust.

Pourquoi le comportement de Microsoft est-il lourd de conséquences? Ces prétendues violations des lois américaines signifient-elles que les méthodes de Microsoft devraient changer, ou bien qu'il faut changer les lois ? Après tout, ces lois ont été écrites à une époque marquée par une économie productiviste. En 1912, quand pour la première fois une société ajouta un "cadeau gratuit" à son produit, le coût du cadeau gratuit était chiffrable. Il est raisonnable de penser qu'aucun des législateurs de l'époque n'a jamais prévu qu'un jour le coût total d'un produit pourrait être rendu minime à l'unité, au titre de la recherche et le développement de nouveaux marchés. Une fois que Microsoft a créé Internet Explorer et l'a rendu disponible par téléchargement, le "coût" de chaque copie n'est plus déterminé que par le coût du téléchargement. Même les méthodes classiques de distribution de l'information que sont les journaux et les livres ont des coûts de production rendus minimes par la masse. Comment le gouvernement et les citoyens doivent-ils réagir face à un comportement monopolistique dans cette nouvelle ère de l'information ?

Microsoft prétend que son comportement est compétitif et non anti-compétitif. Dans un tribune du Wall Street Journal en 1998, Bill Gates écrit que Microsoft est la cible des enquêtes gouvernementales parce que la société s'engage sur des terrains novateurs et qu'elle le fait avec succès.

"Les prérogatives du gouvernement concernant la façon dont les logiciels doivent être conçus va certes nuire à Microsoft, mais encore plus aux autres. Elles vont empêcher les développeurs indépendants de mettre à profit les technologies des derniers systèmes d'exploitation dans leurs propres produits. Et elles vont empêcher les utilisateurs d'acheter des logiciels novateurs qui leur permettraient, par exemple, de télécharger directement des données sur Internet quand ils sont dans Microsoft Word, ou bien dans le logiciel de comptabilité Quicken de Intuit. Certains de nos concurrents ne pensent pas aux bénéfices que les clients pourraient retirer de ces innovations. Ceux-là ne veulent pas être compétitifs sur le marché, mais dans les tribunaux."

http://www.microsoft.com/corpinfo/doj/5-20wsjoped.htm

Comme d'habitude, Gates déforme la vérité dans son désir de gagner. Rien n'empêche aujourd'hui de récupérer des données sur Internet pendant qu'on travaille sous Word ou Quicken : les fonctions des navigateurs n'ont pas besoin d'être intégrées dans le système d'exploitation du fameux Windows multitâche et préemptif pour marcher ! Mais le vrai combat ici, comme le signale un article dans "Information Week", est bien plus dans les offres forfaitaires et l'architecture que dans n'importe quoi d'autre.

http://www.techweb.com/se/directlink.cgi?IWK19980525S0016

A chaque fois que Microsoft sort un produit, une partie de la liste des fonctionnalités inclut du nouveau code, prétendûment pour faciliter la vie de ses clients (ou pour conforter la stratégie de Microsoft). Ces nouveautés sont qualifiées de "nouvelles fonctionnalités" selon la définition de tout un chacun. Mais une partie de cette liste inclut presque toujours des fonctionnalités jusque là incluses dans des produits payants, produits dont Microsoft fait donc don gratuitement. Si un certain logiciel-serveur vendu assez cher ne se vendait pas bien, Microsoft pourrait décider de l'inclure gratuitement dans une offre d'un autre logiciel serveur, plus populaire, en prétextant que cette inclusion n'est qu'un ajout de fonctionnalités au serveur le plus populaire.

Bien sûr le problème ici est que Microsoft fait cadeau de certains produits pour augmenter ses parts de marché - étant donné les produits similaires vendus par la concurrence ne peuvent pas se mesurer sur le terrain du logiciel gratuit. "Information Week" (IW) cite ainsi le cas du nouveau serveur "Microsoft Online Analytical Processing" (OLAP) fourni avec la dernière version du serveur SQL (SQL serveur version 7.0) de Microsoft. Selon "IW", les autres serveurs OLAP du marché coûtent jusqu'à 3.500 $ par utilisateur, alors que celui du Microsoft sera livré gratuitement, en cadeau avec son très populaire logiciel "SQL Server". Si l'incantation tant de fois répétée par Gates à propos du "choix des utilisateurs" était autre chose qu'un simple argument creux de camelot, sa société n'utiliserait pas régulièrement ce genre de procédés pour se débarrasser des "gêneurs" de la concurrence.

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Il se peut bien qu'il soit la personne la plus égocentrique au monde, mais quand il s'agit de Microsoft, Larry Ellison, le PDG d'Oracle, a peut-être eu raison. Ellison a scruté Microsoft comme personne d'autre, vu que son but premier est d'être le nouveau Bill Gates, avec un peu plus de classe toutefois. Pour Ellison, quand Bill Gates psalmodie "offrir le choix au consommateur" et inonde le marché d'ensembles logiciels ("bundle") il nous prend, on s'en serait doutés, pour des imbéciles. Lors de ses entretiens, le PDG d'Oracle a expliqué que la logique de Gates lui semble bonne, sauf qu'aux yeux de Bill Gates "l'innovation" se borne à imiter le produit phare de la concurrence, quel qu'il soit. Et de prédire que si Oracle devenait une menace pour Microsoft, alors "SQL Server" deviendrait un logiciel gratuit intégré à Windows NT - ou Windows 98 Gates ferait-t-il alors valoir l'argument qu'il ne peut "innover" si on lui interdit de piller n'importe quel logiciel pour en intégrer les fonctions à son système d'exploitation?

http://www.news .com/News/Item/0,4,22475,00.html>

Depuis le début, l'intégration de ses logiciels avec son système d'opération a toujours été l'atout le plus précieux de Microsoft, à la fois éditeur de logiciels et de systèmes d'exploitation. Un exemple étant la sortie simultanée de la suite bureautique Office 95 et de Windows 95. Si les serveurs de Microsoft sont mieux adaptés aux particularités du système d'exploitation de Microsoft, il va de soi que ces serveurs bénéficient dès le départ d'un avantage commercial sérieux. L'intégration étroite, comme dans le cas d'Internet Explorer, rend impossible tout effort entamé par la concurrence visant à remplacer la fonctionnalité intégrée. Si, par la suite, Microsoft utilise cette position pour annihiler la concurrence en distribuant des ensembles logiciels contenant un logiciel serveur, médiocre certes, mais gratuit, la société se sert de sa position de monopole dans les systèmes d'exploitation pour s'attaquer à un marché annexe : Internet.

Et le résultat de tout ça ?Différents raisonnements mènent à la même conclusion : le comportement de Microsoft nuit à l'industrie et donc aux consommateurs. Il n'est plus question d'offrir plus de choix aux consommateurs mais bien de les forcer à choisir entre les produits Microsoft gratuits et ceux beaucoup plus chers de la concurrence. Quand les consommateurs ne peuvent plus revenir sur leur décision parce qu'il leur en coûterait trop cher, Microsoft peut alors commencer à imposer des frais et à faire en sorte que ses serveurs ne fonctionnent adéquatement qu'avec les applications Microsoft, forçant ainsi le consommateur à acheter et utiliser encore plus d'applications Microsoft. Il suffit de prendre pour exemple toutes les entreprises où Microsoft Windows et Office sont devenus la norme. Est-ce que la situation s'améliorerait si ces mêmes entreprises étaient contraintes à utiliser les logiciels Internet de Microsoft, les logiciels serveurs de Microsoft et quoi d'autre encore ?

Lorsqu'une société occupe une part de marché aussi grande que celle de Microsoft, les règles ne s'appliquent plus. Une petite société peut utiliser un produit fort comme levier pour percer sur de nouveaux marchés, un peu comme l'a fait BMW en utilisant sa position privilégiée sur le marché des voitures de luxe pour entrer sur le marché américain des véhicules sports utilitaires haut-de-gamme. Une grande société ne peut utiliser ce genre de tactique puisque l'absence de concurrence sur un marché lui procure un avantage déloyal face aux autres sociétés. Même si d'autres créateurs de serveurs OLAP décidaient de distribuer gratuitement leur produit (et leurs revenus), ils ne pourraient atteindre les utilisateurs du serveur SQL de Microsoft. Bref, la concurrence déloyale peut être déplaisante et même contraire à l'éthique quand elle est pratiquée par de petites sociétés mais alors, au moins, elle ne contrevient pas aux lois antimonopoles comme c'est le cas quand elle est pratiquée par des sociétés détenant un monopole de fait.

Si Microsoft ne s'était pas rendu coupable dans le passé de dérapages monopolistiques, ses accusateurs ne s'en donneraient pas autant à coeur joie. Si la conception qu'a Microsoft de "l'innovation" ne se bornait pas si souvent à racheter, voire copier, un produit concurrent pour ensuite le distribuer gratuitement, la défense de Microsoft ne sonnerait pas si creux. Si la concurrence chantée par Microsoft était formée de sociétés florissantes - au lieu des chevaux de retour actuels qui se demandent s'ils finiront la course - alors on pourrait contredire ses détracteurs. Mais malheureusement ce n'est pas le cas, et cela ajoute à la confusion. Bien que le procédé soit chaotique et bien que les tribunaux U.S. ne prêtent pas toujours une oreille attentive aux accusations de comportements monopolistes, le Département américain de la Justice fait bien de garder Microsoft à l'oeil.

L'expérience de ces dernières années à démontré aux citoyens des Etats-Unis que le fait de traiter à la légère les lois sur les concentrations industrielles mène rarement à une augmentation du choix pour le consommateur. Cela mène généralement à des sociétes plus grosses qui vous proposent moins d'options. On le voit tous les jours dans la banque, les fournisseurs de télévision par câble, les opérateurs téléphoniques régionaux, sans parler d'autres fournisseurs de services trop peu connus pour avoir attiré votre attention. Il se peut que le gouvernement n'ait pas à tenter de diriger les mouvement de la "Main Invisible" décrite par Adam Smith, mais il est de la responsabilité du gouvernement de défendre les intérêts du peuple en s'assurant que le pouvoir n'est pas confisqué par des groupes sans représentativité électorale. Le plus drôle est qu'Adam Smith serait d'accord avec moi - il s'opposait fermement aux monopoles et aux concentrations industrielles.

http://iisd1.iisd.ca/pcdf/corprule/betrayal.htm

La Grande Dépression américaine des années 30 nous a montré combien les grosses banques, dotées d'un pouvoir illimité, pouvaient devenir dangereuses ; non pas parce qu'elles ne fonctionnent pas bien, mais parce que les conséquences d'une défaillance ne sont plus assumées. Dans les années 70 et 80, on a pu voir que lorsque de grandes sociétés nuisent à l'économie américaine par leur défaillance (Continental Illinois Bank, Chrysler, et récemment Long-Term Capital Management), elles ne sont pas inquiétées pour autant. On les dépanne au lieu de laisser la fameuse "Main Invisible" faire son travail. Le danger aujourd'hui est de voir surgir un Microsoft affranchi de toute obligation en matière d'innovation et de compétitivité, sans que pour cela il cesse d'être la plus puissante société de logiciels du monde - et tout ceci aux frais du contribuable.

Microsoft ne semble pas prêt de flancher ; mais si ses produit devenaient un jour si performants que les ventes de mises à jour ralentissent, ce serait une autre histoire. Aucune société n'est à l'abri d'une faillite, et personne n'a intérêt , à part peut-être Microsoft, à ce que tant de pouvoir soit entre les mains d'une seule société. C'est là le vrai débat, s'il s'agissait vraiment seulement d'une histoire d'innovation et de choix, tout le monde s'en ficherait.

Conséquences pour Apple -- Si les choses s'étaient passées différemment pour Apple, cette bataille aurait pu avoir lieu à Cuppertino, plutôt qu'à Redmond. Les pontifes aiment bien déclarer qu'Apple pourrait être dans la position de Microsoft si la société avait proposé des licences de Mac OS en 1985, comme le voulait Bill Gates. Malheureusement pour les révisionnistes, il ne reste plus beaucoup de preuves en faveur de cette conclusion, hypothétique dans le meilleur des cas, sensationnelle dans le pire.

Mais, comme je le mentionnais ci-dessus, Apple a déjà eu un avant goût de cela, avec la plainte déposée par des fabricants de clones frustrés qui prétendait qu'Apple occupe une position similaire à celle de Microsoft, sur un marché Mac OS simplement plus petit que le marché PC. (Microsoft tente d'éviter les poursuites en utilisant une tactique similaire : la société prétend qu'elle ne détient pas le monopole absolu des systèmes d'exploitations pour les ordinateurs, notamment si l'on intègre Unix dans ces calculs.) Si les accusations envers Microsoft se révélaient fondées, Apple pourrait se retrouver dans le même embarras avec ceux qui veulent forcer la société à relancer sa politique favorable aux clones. Si cela avait lieu assez rapidement, les cloneurs seraient sûrs qu'Apple ne pourrait pas du jour au lendemain décider de résilier tous les contrats, comme cela s'est déjà produit en 1996, et Apple pourrait à nouveau connaître des difficultés financières.

Alors que la réduction de l'emprise de Microsoft sur la conccurence est de bon augure pour l'industrie du PC, le principal effet que ces procès pourraient avoir sur Apple serait le renforcement de Netscape. Microsoft soutient que c'est le seul motif de leur persécution, mais Netscape est tout simplement le principal concurrent sur le marché que Microsoft essaie d'accaparer. La disparition d'un monopole ne peut être que bénéfique pour la principale société en seconde place ; ce qui est précisément en train d'arriver à Netscape. La redynamisation de Netscape pourrait stimuler le marché des navigateurs pour Macintosh, bien que Mac OS n'ait pas été la plateforme de prédilection de Netscape pendant quelques temps. Et Netscape n'est pas résolument contre un tel comportement non plus - ils avaient annoncé un composant OpenDoc pour leur navigateur en 1996 qui n'a jamais vu le jour, essentiellement pour préserver l'investissement dans le jeu de composants OpenDoc pour Internet du logiciel Spyglass. Il est parfois bon de se rappeler qu'une bonne part d'hypocrisie dans les accusations est assez typique dans le monde des affaires.

Si le département de la justice américain parvient à forcer Microsoft à écrire un système d'exploitation plus ouvert, Apple pourrait en bénéficier. Quand les développeurs et les utilisateurs ne seront plus prisonniers de la technologie Microsoft, le Macintosh deviendra une plateforme plus viable. De tels personnes ne sauraient dépendre du bon vouloir de Microsoft à implémenter ses technologies à Mac OS histoire de préparer le terrain pour leur utilisation future, une telle implémentation étant sans douleur pour elle.

Il y a aussi des avantages évidents : jusqu'à présent, les témoins du procès ont affirmé que Microsoft avait tenté de faire croire que Quicktime pour Windows était bogué et que l'entreprise de Redmond avait menacé d'arrêter le développement de Microsoft Office pour Macintosh si Apple ne choisissait pas Microsoft Internet Explorer comme navigateur par défaut. Cependant, l'accusation ne prétend pas que Microsoft a le monopole des applications logicielles. Les accusations portées à ce jour - et qui ne sont pas directement en relation avec le monopole de Microsoft- comportent des risques. Si elles sont reconnues, le juge pourrait leur accorder de confortables compensations ; si elles sont rejetées, Microsoft aura le champ libre pour poursuivre ce genre de pratique commerciale. Et c'est là tout le problème.

Se rappelle-t-on l'attitude de Microsoft après le procès engagé par Apple sur l'interface de leurs systèmes d'exploitation ? Microsoft a eu le dernier mot dans la bataille juridique sur l'accusation de contrefaçon en grande partie parce qu'Apple, de manière absurde et naïve, a vendu à Microsoft les droits d'exploitation de certains éléments de l'interface. Dès que la Cour Suprême a rejeté l'appel de la marque à la pomme, Microsoft s'est empressé de récupérer davantage d'éléments de l'interface pour Windows 95, et plus encore pour Windows 98. Si Microsoft remporte cette bataille contre le Ministère de la Justice américain, il se pourrait bien que le genre de comportement qu'on a pu observer avant le début de l'enquête ne soit rien en comparaison des stratégies d'intégration, de vente forcée et d'élimination massive de produits concurrents qui s'ensuivrait. Le but avoué de Microsoft est de voir un ordinateur sur chaque bureau de la planète et des logiciels Microsoft installés sur chacun d'entre eux. Ce n'est pas le genre d'objectifs que l'on réalise en reculant devant un procès perdu.

Il se peut que vous ne soyez pas d'accord avec moi, et je l'accepte. Vous avez peut-être de meilleures idées, et à force de dialoguer et de débattre ils s'affirmeront. Mais quels que soient les arguments de Microsoft pour rassurer le public, je persiste à penser qu'il y a là un problème. Une situation de monopole est presque toujours un problème, parce que le pouvoir absolu corrompt. Le pouvoir économique sans partage dans les mains de l'homme le plus riche du monde peut devenir un vrai danger pour celui qui se met en tête d'engager une compétition avec lui, comme beaucoup d'entreprises en ont déjà fait la triste expérience. Les mécanismes d'auto-régulation habituels dans une société de marché ne jouent plus leur rôle, quand la responsabilité individuelle et les intérêts économiques ne se complètent plus. Le théoricien du libéralisme Adam Smith le savait déjà, et les expériences de ce genre de situation que nous avons vécues à ce jour n'ont rien pour nous rendre optimistes. Au vu des buts affichés par Microsoft, cela semble une bonne idée que de vouloir mettre quelques freins à sa toute-puissance.

[Matt Deatherage est le rédacteur en chef du célèbre "Mac Week Journal" (MWJ) une lettre d'informations diffusée exclusivement par abonnement et destinée aux utilisateurs avertis du Macintosh. Si vous vous dépêchez cette semaine de répondre à l'offre d'essai proposant trois numéros gratuits vous pourrez encore recevoir le numéro spécial de MJW consacré à Mac OS 8.5, probablement le panorama le plus complet sur Mac OS 8.5 disponible à ce jour.]

http://www.gcsf.com/


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